MASARYK (J.)


MASARYK (J.)
MASARYK (J.)

MASARYK JAN (1886-1948)

Fils du premier président de la République tchécoslovaque, Tomáš Masaryk, et de l’Américaine Charlotte Garrigue, Jan Masaryk, musicien doué et causeur attachant, cache sous un humour de bon vivant une sensibilité très vive marquée par le protestantisme social de ses parents. Ce doux géant est en fait un infirme et un valétudinaire angoissé par le spectre de la maladie mentale qui emporta sa mère et son frère Herbert.

À vingt et un ans, il quitte Prague, sa ville natale, pour les États-Unis, où il reste six ans, et rentre au pays à la veille de la Première Guerre mondiale. Il y participe comme lieutenant sur les fronts polonais et italien, puis gagne l’Ouest et devient tout naturellement secrétaire particulier des dirigeants du Conseil national tchécoslovaque. De là, il passe à la diplomatie en 1919 comme conseiller de légation à Londres, où il demeurera jusqu’en 1938 avec une interruption de deux ans (1923-1925) comme secrétaire général du ministère des Affaires étrangères à Prague. Malgré son mariage malheureux avec une Américaine, Jan s’impose à la cour de Saint James, où il devient ambassadeur en avril 1925. Cet «occidentaliste» est bouleversé par la politique d’abandon des Franco-Britanniques, qui débouche sur l’accord de Munich. Il démissionne aussitôt de ses fonctions et entreprend alors une tournée de conférences aux États-Unis.

Après le démembrement de son pays, en mars 1939, il retourne à Londres, où s’organise, autour de lui et de Beneš, un Conseil national tchécoslovaque. Il commence alors ses émissions à la B.B.C., qui seront très populaires dans sa patrie pour laquelle il symbolise, avec Beneš, la continuité de l’État. Le 9 juillet 1940, il devient ministre des Affaires étrangères du gouvernement en exil, reconnu douze jours plus tard par la Grande-Bretagne. En octobre, il conclut avec lord Halifax un accord sur la participation militaire tchécoslovaque dans le conflit. Un an plus tard, il est l’artisan de la reconnaissance de son gouvernement par les États-Unis et l’Union soviétique.

Il aura pour tâche de convaincre les Britanniques et les Américains de la nécessité pour la Tchécoslovaquie de s’allier prioritairement avec l’U.R.S.S., du fait de sa situation géographique et politique. Entre-temps, il s’efforcera en vain de constituer une fédération avec la Pologne et les États balkaniques alliés. Conscient de la précarité de l’engagement britannique aux côtés de la Tchécoslovaquie, précarité que révèle la réticence du Royaume-Uni à annuler les accords de Munich, il fait avec Beneš le pari d’une coalition avec le Parti communiste tchécoslovaque (P.C.T.) autour du projet d’un État des Tchèques et des Slovaques, débarrassé de ses minorités ethniques. À Moscou, au printemps de 1945, il accepte le concept du front des démocraties slaves, dont il est la figure de proue aux conférences de Londres, de San Francisco, puis de Paris, l’année suivante. Là, il élargit ce regroupement aux autres démocraties populaires, se heurtant aux États-Unis à propos de la Roumanie.

Conservant son poste après 1945 en tant que «ministre non politique» et «personnalité nationale», il est un partisan sincère de la socialisation, ambitionnant d’y apporter un supplément d’âme. «Honza» (Jeannot), qui jouit d’une popularité incontestée, espère contenir l’avance du communisme par l’aide politique et, à défaut, économique de l’Occident.

Très atteint par le diktat de Staline, qui, en juillet 1947, lui interdit d’accepter le plan Marshall, il ne croit plus que les communistes tchécoslovaques soient «différents». Il prépare son entrée au Parti social-démocrate, dont il devait être le candidat à Bratislava aux élections du printemps de 1948. En attendant, cet homme qui vit le «coup de Prague», cloué sur son lit, reste solidaire de son ami Beneš, également malade, se soumettant au P.C.T. pour éviter la guerre civile et l’intervention armée de l’U.R.S.S. Reconduit dans ses fonctions le 25 février 1948, il ne parvient pas à endiguer la vague de répression, y compris dans son propre ministère, et, abandonné par ses amis occidentaux, assiste impuissant à la liquidation de la démocratie parlementaire. Au matin du 10 mars 1948, dans une crise de dépression nerveuse, il fait une chute mortelle du deuxième étage de son ministère. Les recueils de ses discours (dont Speaking to My Country , 1944) sont retirés de la vente, et, malgré des funérailles nationales, il faudra attendre le Printemps de Prague pour que ce moraliste pragmatique, qui voulait «rester avec son peuple», soit pleinement réhabilité. Quoi qu’il en ait dit, il a fait plus que de «bien choisir son père».

Encyclopédie Universelle. 2012.

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